Le Royaume d'Ekiard

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 Petites histoire sur Akané

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Akané
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MessageSujet: Petites histoire sur Akané   Mer 15 Mar - 17:48



Combat "amical"



14 Soper 1552



Quelques jours après leur arrivé, Miyazé prit le temps de faire visiter le château à son frère, avec quelques amis. Akané et ses compagnons avaient déjà accompagné le duc, la duchesse ou le jeune duc dans divers endroits du château : pour des petits déjeunes, des jeux de cartes, des dîners, des promenades dans le parc, mais ils n'avaient pas encore eu le temps de faire une « vrai » visite.
Une fois avoir parcouru, la salle du trône, la salle du bal, la grande salle à manger, le grand salon, les salles d'études, de danse et de musique, et toutes les autres pièces du château, ils finirent par traverser la cours de garde et enfin le camp d’entrainement. Celui-ci n’avait pas changé d’un poil avec ses barrières, ses mannequins en bois et ses cibles. Quelques courageux s’entrainaient sous le soleil chaud et implacable de cette fin d'après-midi. Rien qu’en tant que spectateurs, Akané commençait à cuire et à transpirer sous sa chemise. Veste à la main, son frère et ses amis décidèrent de prendre le chemin du retour. Mais les yeux d’Akané ne pouvaient plus se détacher de ce ballet gracieux de combattants qui lui faisaient face. Sentir son corps en mouvement, rempli d'adrénaline, ses doigts serrant une arme et donner le meilleur de soi-même alors que la sueur vous couvrait d’un voile moite. Toutes ces choses lui manquaient. Ils ne s’était plus entrainé depuis son arrivée dans la capitale, et leur dernier entraînement s'était déroulé entre deux chevauchés. Autant dire qu’il ne lui avait pas permis d'évacuer tout son trop plein d'énergie ni son anxiété grandissante de retrouver sa famille. Son corps entier était en ébullition et rêvait d’action.

Une silhouette était restée près de lui, Valézy, et une autre, un peu plus grande et plus fines apparut à côté d’eux. Akané lui jeta un coup d’œil, comme pour s’assurer qu’il avait bien deviné à qui elle appartenait.
- Cela te manque ?
- Plus que jamais,
répondit-il avec franchise.
Miyazé se mit à regarder le spectacle un sourire aux lèvres.
- Sais-tu que certaines mauvaises langues remettent en doute ton expérience de combat ?
- Je m’en doute.
- Par contre, nos amis aimerait bien te voir une arme à la main afin de savoir si tu as dépasser ton grand-frère.

Le sourire de Miyazé s'élargit. Il faisait référence à une boutade que leur serinait leurs amis à l'époque : Akané finirait tous par les dépasser un jour, et ce jour était peut-être arrivé.
- Je te battrais mon frère, dit-il avec un léger sourire – qui était sincère pour une fois.
- J'attends de voir cela. Crois-tu que je sois devenu capitaine que grâce à notre nom de famille ? J'ai eu mon lot de victoire et d'arrestations !
Il souriait, fier de son travail et son statut. Devenir capitaine à peine vingt-cinq ans n'était pas donné à tout le monde, de très bonnes familles ou non. Mais pour Akané, les victoires de Miyazé n'était rien en comparaison aux combats qu'il avait livré, pour sa survie, et non pour arrêter une bande de rebelles ou de criminels endurcies. Et ces arrestations… n'étaient fait contre de pauvres gens qui n'avaient pas choisi leur destin. Il s'était retrouvé dans leur situation – en quelque sorte – voleur parmi les voleurs, il avait subit le fouet, il avait frôlé la potence.
Akané se détourna des combattants et emboita le pas de son frère sans un mot. Il ne regarda pas vers Valézy. Il savait qu'il lirait dans ses yeux les mêmes réflexions que les siennes. Comment revenir dans un tel royaume après des années d'absence ?


*


22 Soper 1552



La danse était sympathique. Les coups d'épée et de métal résonnaient dans l'air chaud, plein de poussière soulevé du terrain en terre battu.  La sueur collait ses vêtements à sa peau, coulait le long de son visage jusqu'à son cou. Le soleil d'été tapait sur le dessus de sa tête comme s'il voulait l’assommer de ses rayons brûlant Chaque coup faisait trembler ses membres, était porté avec force, mais manquait d'efficacité. Akané était content de pouvoir se battre et se défouler, mais était déçu. Il arrêta le combat.
- Vous ne vous battez pas sérieusement, Messire Mathias.
Celui-ci sembla surpris.
- Je vous demande pardon ?
Akané se dit qu'il valait mieux tempérer ses paroles.
- Vous épargniez vos coups, poursuivit-il, ce qui était déjà le cas de Mesire Paul.
Il jeta un coup d’œil à un des hommes assis à côté de son frère, à l'ombre du bâtiment le plus proche. Lui aussi avait retenu ses coups. Paul et Mathias, dans leur jeunesse n'avaient pas la réputation de se laisser marcher sur les pieds ni de freiner leur tempérament combatif, pourtant Akané avait également battu Mathias s'il n'avait pas arrêté le combat.
- Nous ne sommes pas là pour nous entre-tuer, que voudriez-vous que l'on fasse de plus ?
Le jeune duc regarda son frère et lut la même incompréhension dans son regard. Il laissa son épée retomber complètement le long de son corps.
- Je vous demande donc pardon, chez les moines guerriers nous envisageons autrement l'entraînement au combat. Nous nous sommes mal compris.
- Que voulez-vous dire, Messire Akané ? Quelle est la différence entre ce que nous venons de faire et ce qui se passait là-bas ?
- Laissez-moi vous montrer ![/color]
s'écria Valézy en courant presque pour venir les rejoindre.
Il fit un grand sourire à Akané qui sentait déjà son moral remonter. Souriant à son frère de coeur, il reprit son épée correctement en main.
- Si vous le permettez, Messire Mathias, bien entendu.
Le comte de Verdaux acquiesça d'une manière un peu raide avant de tourner les talons. Il écarta les bras en revenant vers ses amis, pour garder un peu de contenance ou simplement pour manifester sa confusion.


Valézy le regardait avec un sourire qu'il lui connaissait bien. Il répondit à son regard chaleureux, à se sourire communicateur et sentit son corps et son esprit retrouver leur place. Il se sentait incroyablement bien face à lui, il en oubliait presque la présence bruyante et ronronnante des spectateurs qui s'étaient agglutiné comme des mouches sur la moindre parcelle d'ombre du champs d'entraînement. La noblesse avait encore répondu présente à l'appel des Alqué, ou plutôt, elle avait pris la décision de s'inviter à un entraînement qui, au départ, devait se dérouler qu'en la présence des amis des deux jeunes ducs. Tout autour du terrain d'entraînement, des militaires, des vétérans, des gardes de passage, des jeunes gens mais aussi des jeunes femmes venu pour admirer le savoir faire d'Akané au combat. Après l'avoir regardé patiemment en train de s'étirer ou répéter inlassablement des mouvements de combats, l'intérêt de la foule s'était accru lorsqu'ils avaient commencés les entraînements à deux. Finalement, Akané avait proposé des combats à effet réel, qui se terminerait au premier coup fatal, sans effusion de sang. Le public avait apprécié mais l'ex-bandit était resté froid comme la glace.

Akané émit un sourire, se demandant furtivement ce qu'en penserait son frère, lui qui n'en avait jamais droit à un seul de sa part. Il se concentra sur les premiers mouvements de Valézy qui lui proposa une ouverture classique. Non surpris par ce choix, il suivit et attaqua de la même façon, sentant que les coups de son adversaire devenait de plus en plus rapide et vigoureux. Il devait attaquer, ne pas se laisser mener par le bout du nez. En même temps, il s'était si souvent battu contre Valézy, qu'il était devenu difficile de trouver une nouvelle approche et encore plus réussir à surprendre ce terrible adversaire. Content de devoir à nouveau relever le défis, il chercha dans ses souvenirs et ses connaissances pour trouver une approche originale. Il recula de quelques pas, réussi à créer une ouverture pour arrêter l'avance de Valézy. Il commençait tout juste à trouver une solution à son problème lorsque le sourire de son compagnon s'élargit et que ses yeux, dans le même instant, se durcissaient. Il avait trouver avant lui ! Reprenant son épée en main, qui glissait dans sa main moite, il attendit son attaque. Il para, passa à l'offensive, se mit à nouveau en défense… il avait déjà effectué ce mouvement de défense à deux reprises. Il devait laisser une ouverture dans sa défense, ouverture que Valézy avait remarqué à force de combattre avec lui. Il connaissait suffisamment ses faiblesses pour deviner ce qu'il avait pu laisser passer, et lorsque l'épée fendit l'air pour venir se fiché dans son flanc gauche, il tourna son épée, vrilla juste à temps pour se sauver. Il attrapa le poignet de Valézy qui essaya de se dégager, tenta de le frapper au visage avec le pommeau de son épée. Il n'avait pas la place de le fendre dans cette position.
De la foule, Akané venait d'entendre des «ho » de stupeur et il y eu maintenant des « ha » d'étonnement en voyant les deux amis se battre comme des chiffonniers. Mais lui et Valézy s'amusaient comme des petits fous. Akané avait réussi à parer son coup et même contre-attaquer, et maintenant ils n'avaient plus vraiment d'autres solutions que d'essayer d'épuiser leur adversaire. Akané réussi à se dégager sans se mettre en danger et les coups d'épée reprirent de plus belles.

- Ils vont finir par ce tuer ! s'alarma Mathias.
- Non ! Non ! Laissez-les ! Ils savent ce qu'ils font !
C'était la voix de Paul, peut-être le guerrier le plus aguéri. Akané aimerait bien l'affronter à nouveau, avec les règles des voleurs et non ceux de l'aristocratie. Les choses étaient beaucoup plus amusantes lorsque vous risquiez de ne pas vous en sortir indème. Là, le jeu en valait mieux la chandelle.
- Hé ! Je vous attends !
Akané sourit à Valézy entre deux coups d'épée.
- Je sais !
Le jeune duc jouait au jeu du lièvre et de la tortue, et Valézy le savait très bien. Il jouait d'ailleurs le jeu à merveille, le faisant reculer, le dominant à chaque coup sans réussir à l'abattre. Et Akané, avec la fatigue, finirait par commettre une erreur, et il devait saisir sa chance avant d'en commettre une. L'idée qu'il envisageait avait eu le temps de mûrir et il savait ce qu'il allait faire. Se servir d'une de ses faiblesses à son avantage. C'était risqué, parce que Valézy connaissait les faiblesses qu'il connaissait et qu'il tentait de corriger, donc il faudrait user de tact et jouer à la dernière minute. Il se laissa le temps d'imaginer les mouvements à effectuer dans son esprit afin de se laisser une marche suffisante de manœuvre. Puis, il attaqua, laissa une toute petite ouverture, voulu, dans laquelle Valézy s'embraya. Avant que son piège ne se referme sur lui, il fit un mouvement sur le côté et tenta de fendre le ventre de son adversaire. Mais la main de Valézy vint détourner la lame et il reçut un coup de coude sur le bras qui finit de le déstabiliser. Il retrouva l'équilibre, voulut reprendre le combat lorsqu'il sentit une pointe froide au-dessus de son foie. La respiration rapide, les poumons en feu, il abaissa son arme, la lâcha. Vaincu. Valézy se mit à rire et s'appuya quelques secondes sur ses genoux avant de se redresser. Il secoue la main qui avait repoussé la lame, la regarda en faisant la moue. Akané cessa quelque peu de sourire et regarda la main tendu de Valézy. C'était une simple égratignure où perlait quelques goûtes de sang.
- C'était bien essayer ! Mais tu n'es pas encore assez rapide !
Akané rit brièvement. Il vit les silhouettes de ses amis approcher.

- Hé bien ! Quel combat !
- Nous avons vraiment cru à un combat réel !

Il laissèrent passer Miyazé, la mine sombre et les yeux encore arrondi d'effroi. Il lança un regard de reproche à leurs amis, qui cessèrent leur louange, puis à Valézy qui détourna les yeux tout en rangeant son épée.
- Vous êtes fous, tous les deux, de vous battre ainsi !
- Il m'a encore battu.
- Encore ?

Miyazé le regarda avec une telle incompréhension qu'il en sourit.
- Nous nous livrons à cette folie autant que le cœur nous en dit. Et Ekar, aime bien se livrer à cette exercice, même si nous le battons à plat de couture !
Il désigna Also, déguisé en Ekar, tout en espérant qu'aucune personne n'insiste pour voir les talents de l'homme de main ou ne veuille le défier avant qu'ils n'aient trouver le moyen de faire l'échange. Pou l'heure, il devait rassurer son frère.
- Ne t'en fais, la seule fois où Valézy m'a blessé, il m'a soigné avec le plus grand soin et s'en ait voulu pendant des semaines !
Celui-ci lui lança un regard amère mais ne fit aucune remarque. Miyazé leur lança des regards fugitifs avant de soupirer.
- Je crois que je ne pourrais pas t'en empêcher, alors… promets-moi juste de faire attention. Et vous autres aussi, lança-t-il à leurs amis. S'il vous plait, ajouta-t-il la voix roque.
Paul acquiesça et promit le premier, même si, au vue du regard qu'il lançait à Akané il serait le premier à tenter l’expérience.


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MessageSujet: Re: Petites histoire sur Akané   Mar 25 Avr - 21:59



De la dangerosité des mages



25 Soper 1552



Les conversations des nobles tournaient toujours autour des mêmes sujets : les derniers potins de la cour, le beau temps, leurs derniers achats, leurs dernières « affaires », ou encore les dernières prouesses de leur progénitures pour leur compliquer la vie. Semble toute, ne semblaient-ils pas bien dangereux autour d'une table ou dans un salon cossu. Seulement, il y avait certains jours où ils blatéraient de telles absurdités sur les petites gens, leur labeur ou leurs manières de vivre que s'en était risible, voir tout à fait pathétique.
Ce soir-là, les convives de Miyazé et amis, pour la plupart, commençaient à parler des mages. Il y avait eu une attaque de rebelles contre une caserne, qui avait fait cinq morts et autant de blessés. Ils avaient pris des armes, des uniformes et des sacs de poudre, et l'on craignait le pire quand à leur futur dessein. Si seulement la conversation s'était arrêté là, à quelques clichés sans importances, mais elle s'éternisait et glissait irrémédiablement dans la mauvaise direction. Chacun allait de sa petite anecdote sur les mages ou étalait son avis personnel.
- Les mages sont une ignominie sans nom ! gémit à un moment la femme de Paul. Regardez comme ils ont encore agis ! Et seuls les Dieux savent ce qu'ils nous préparent encore !
- J'ai entendu dire que ce serait pour attaquer la capitale ! Vous rendez-vous compte ! Renchérit Mathias de bon cœur.
- Il pourrait aussi bien agir en attaquant l'un de nos châteaux comme ils l'ont fait pour les Rieux, dit un nobliaux dont Akané avait oublié le nom. Ils s'en sont retrouvés ruinés et ont finis dans la rue d'après ce que j'ai entendu dire ! Ma Dame Rieux a même finit par vendre son corps pour faire vivre leurs cinq rejetons !
- Ha ! Cette histoire me fait froid dans le dos dès que je l'entends, gémit la femme de Paul. Imaginez-les, attaquant les rues de la capitale et mettant tout à feu et à sang !
- Ce sont des monstres assoiffés de sang ! répliqua la femme de Mathias.
- Enfin Mes Dames, la capitale est très bien surveillée ! intervint Miyazé. Bien que nous ne soyons pas à l'abri d'une offensive, jamais elle ne pourra prendre une telle ampleur ! La police est prête au pire et notre souverain ne manquera pas de leur envoyer des renforts.
La jeune femme regardait le jeune duc avec des yeux de reproche, la peur ou l'anxiété étirait les traits de son visage.
- Peut-être bien, Messire Miyazé, mais ils sont partout ! Nous avons beau les traquer, les tuer, il en apparaît toujours plus !
- Et savez-vous où on dit qu'ils apparaissent le plus ? demanda à nouveau la femme de Paul. Dans les familles aux mœurs les plus vils et les plus basses. Des études très poussés et très sûrs ont été fait à ce sujet par Messire Vancourt Thiébaud. Ce sont dans les quartiers les plus malfamés ou ayant le plus haut taux de criminels qu'ils apparaissent le plus.
- Ce ne sont que des foutaises d'après Messire Raquième qui est lui aussi intéressé par le sujet. Il dit plutôt que les mages apparaissent sans raison apparente et dans n'importe quel endroit, affirma Romuald, un autre ami de Miyazé – qui n'avait pas encore pris par à la discussion.
- Mais vous rendez-vous compte ce que cela signifierait, qu'un mage peut apparaître dans n'importe quelle famille, y compris des familles comme les notre.
Et ils continuaient ainsi, mangeant à tas-ton ce qu'ils avaient dans leur assiette, passionné par un sujet qui leurs faisait peur et qu'ils évitaient d'aborder en temps habituel. Mais il semblait que lorsque les vannes étaient lâchées, les nobles se trouvaient insatiables sur le sujet.
Akané ferma les yeux, essayant de garder son sang froid. Il aurait bien voulu intervenir, mais s'en était dissuader à plusieurs reprises. A quoi bon usé sa salive. Ils étaient si persuadés que les mages étaient foncièrement mauvais, qu'essayer de tempérer leur parole ou leur dissuader du contraire était impossible. Et même dangereux. Heureusement que Valézy n'était pas là ; d'ailleurs, ils se permettaient peut-être de parler aussi librement parce que justement il n'était pas là, se disant qu'Akané serait naturellement de leur avis.
Sans prévenir ni s'excuser, Akané se leva et quitta subitement la table. Le silence se fit soudain dans la pièce, les regards braqués sur lui. Le jeune homme sortit de la grande salle à manger surchauffée et traversa le salon à grandes enjambés.

- Akané !
Son frère refermait la double porte derrière lui et voulu le rejoindre. Mais Akané ouvrit la porte de sa chambre à la volé sans l'entendre. Il se ficha devant l'une des grandes fenêtres de la pièce, sans prendre la peine d'allumer une chandelle. Seuls les quelques étoiles dans le ciel et le clair de lune éclairaient son visage blême et courroucé.
- Hé bien ! Que te prend-il ? demanda Miyazé après avoir soigneusement fermé derrière lui.
Son ton n'était pas en colère, seulement inquiet. Il ne comprenait vraiment pas ce qu'il avait. Akané garda ostensiblement le visage tourné vers la fenêtre, suivant du regard les ombres et les sillons du jardin qu'il voyait en contre-bas. Il hésitait à répondre : franchise ou mensonge ?
- Quelque chose ne pas ?
L'ex-voleur retint un soupire. Il jeta un coup d'œil à son frère.
- Vous avez beau les tuer, il en réapparaît toujours de nouveau.
Un silence suivit ses paroles. Il savait qu'il s'engageait sur un terrain glissant. Mais il voulait savoir si son frère allait se montrer inflexible sur ce sujet ou s'il y avait moyen de discuté avec lui.
- Tu as sûrement raison. Mais où veux-tu en venir ?
La voix de Miyazé était devenu sourde, comme s'il redoutait d'aborder le sujet ou entendre les paroles qu'il pourraient lui dire. Peut-être même les deux. Il était « dangereux » d'aborder le sujet au château et certaines paroles n'étaient pas bonnes à dire, surtout face à l'un des capitaines de la garde.
Akané croisa les bras. Il préférait encore jouer la carte de la prudence.
- Ce combat est voué à l'échec ou à continuer indéfiniment, n'est-ce pas ?
Employé l'interrogatif permettait d'ouvrir le sujet sans brusquer Miyazé.
- Nous lutterons le temps qu'il faudra, assura-t-il d'un ton plus ferme.
- Sais-tu que les mages apparaissent dans toutes les couches sociales, avec plus ou moins de puissance ? La plupart d'ailleurs n'emploierait pas leur pouvoir même si on leur autoriserait.
- Tu as à l'air bien sûr de toi. Tu oublies qu'ils peuvent nous tuer en un tour de main et que certains n'hésiteraient pas à tuer d'innocentes victimes pour parvenir à leur fin.
- Tu viens de le dire, Miyazé, seulement certains d'entre eux ne donnent aucun prix à la vie, et encore moins peuvent réellement tuer comme tu viens de le décrire - sans un entraînement approprié en tout cas.
Un silence s'immisça à nouveau entre eux. La dernière fois qu'ils avaient abordé le sujet de la magie, c'était dans leur correspondance – avant la guerre civile qui commença son exile. Et Miyazé lui avait expressément demandé de ne plus rien écrire à ce sujet. Akané se demandait s'il n'avait pas mis son frère en colère avec toutes ses paroles – qui était sûrement insensées à ses yeux. Allait-il claquer la porte et faire comme s'ils n'avaient jamais eu cette discussion ? Ou allait-il le rabrouer et le faire taire, lui insinuant de ne jamais aborder à nouveau le sujet en sa présence car il l'obligerait alors de le faire arrêter sur le champs ? Un froissement de vêtements le fit tourner la tête. Miyazé venait de se rapprocher encore et se tourner vers la fenêtre à son tour. Il ne prit pas la parole immédiatement.
- J'espère que tu puisses avoir raison. J'ignore ce que tu as vu ou vécu à leur contact là-bas, je sais seulement qu'ici la situation ne peut être comparable. Ils sont devenus dangereux. Ils ne se contentent plus de nous attaquer ici et là, ils recrutent des jeunes mages en grand nombre, les forme et leur empoisonne l'esprit pour les faire adhérer à leur cause. Nous devons bien réagir.
Cette description lui rappelait étrangement l'Organisation qui l'avait recruté ces dernières années. Recruté, formé et au final exploité pour enrichir quelques membres privilégiés ou satisfaire leur soif de pouvoir. A ceci près que les rebelles avaient réellement une cause à défendre.
-  Comment les choses en sont-elles arrivées là ?
Un nouveau silence. Puis son frère émit un soupire presque inaudible.
- Aurais-tu oublié toutes les leçons d'histoire ?]
- Bien sûr que non. C'est que la situation était bien différente alors.
- Nous arrêtions les mages dénoncés ou dont les pouvoirs s'étaient soudain manifesté, mais traqués sans relâche comme ils le sont aujourd'hui…
Miyazé laissa en suspend sa phrase. Mais Akané voulait entendre le fond de sa pensée. Sinon, comment avoir confiance en lui, s'il n'osait même dire à son petit frère bien aimé ce qu'il pensait réellement de la situation.
- Hé bien ?
- Ils sont acculés, finit par lâcher Miyazé au bout de quelques secondes, ils inventent de nouveaux moyens pour nous atteindre,
- Mais dis-moi, pourquoi sont-ils devenus si véhément ? Il était rare qu'ils attaquent ainsi, qu'ils fassent autant d'esclandre.
Akané n'avait jamais posé la question ni abordé le sujet avec quiconque, qu'il le fasse à un moment ou à un autre ne devait pas surprendre Miyazé outre mesure. Le cadet se tourna vers son frère aîné, les bras toujours croisés, faisant mine d'essayer de comprendre. Dans la pénombre, il devinait plus qu'il ne voyait l'expression de Miyazé. Celui-ci semblait en proie à l'agitation intérieure. Akané espérait qu'il ne se répéterait en disant simplement que tout était de la faute des mages, car si les rebelles avaient bien plus de légitimité et de force, ce n'étaient certainement pas de leur fait. Il le vit croiser les bras dans une attitude renfrognée, hésiter encore à formuler sa réponse. Et elle tomba, chuchotée, comme un secret dit dans l'oreille d'un confident :
- Parce que notre souverain a lancé une traque sans merci... Et nous devons le satisfaire, s'empressa-t-il d'ajouter.
Akané fronça les sourcils, n'aimant d'abord pas cette réponse. Toutefois, Miyazé ne l'avait pas dit avec force. Il l'avait murmurer comme si cela lui arrachait quelque chose. Le roi avait décidé de les anéantir. Seul. Que la noblesse ou le reste du royaume soit d'accord ne semblait avoir aucune importance à ses yeux, et les premiers à devoir lui obéir était l'armée – et Miyazé en faisait partie.
- Ce que le roi décide est loi, conclut Akané.
- C'est bien cela. Viendras-tu nous rejoindre ?
- Peut-être pour la deuxième partie de la soirée.

Son frère lui dit qu'il le ferait porter pâle, ce qui lui donnait une bonne raison de s'éclipser toute ou une partie de la soirée. Puis, il quitta la chambre avec une rapidité déconcertante, comme s'il voulait fuir l'objet de leur discussion.
Akané avait obtenu des réponses, même s'il n'irait pas jusqu'à en tirer des conclusions hâtive. En tout cas, il avait appris qu'il était encore trop tôt pour parler ouvertement avec son frère aîné.

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Petites histoire sur Akané

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